jeudi 11 juin 2009

Être mère monoparentale au Québec

CONTEXTE SOCIAL

Nous vivons dans une société dans laquelle le néo-libéralisme fait des ravages. Avec ses valeurs individualistes dans lesquelles la recherche du pouvoir, du profit et du bien matériel est plus importante que le statut humain et le bien-être social des individus, les étiquettes et les préjugés dirigent les perceptions et rendent l’individu responsable de son propre sort. En fait, le capitalisme sauvage qui règle le fonctionnement de notre société s’est donné des structures rigides dans lesquelles il peut poursuivre l’oppression des individus et les classes sociales ne sont plus qu’une question de situation financière ou de possession de bien, mais elles sont aussi déterminées par le pouvoir et l’influence. Pour influencer l’idéologie dominante, ou plutôt la renforcer, c’est avoir une capacité d’action sur les valeurs véhiculées et sur l’aliénation et l’étiquetage des individus. Et ce n’est pas une conséquence sans poids pour la situation des mères-chefs d’une famille monoparentale. Ces mères, dites déviantes, ne sont pas le reflet du système socio-économique actuel. Elles sont catégorisées comme non fonctionnelles et déviantes, confrontées à leurs faiblesses, isolées dans leur misère, incomprises et jugées.

En fait, la situation des mères monoparentales au Québec est incertaine dans la littérature et les écrits. En aucun cas, cette situation n’est considérée comme une problématique sociale : en fait, être mère monoparentale signifie être un système familial indésirable à qui l’on attribue les pires maux sociaux : pauvreté, violence et négligence des enfants, malnutrition et obésité, décrochage scolaire. Les médias en parlent, mais sous un jour alarmant. On peut lire des titres comme « Une mère monoparentale condamnée à 8 ans de prison pour avoir laisser ses enfants mourir de faim », « Une mère monoparentale déprimée noie ses enfants dans la baignoire » sur les sites web des différents médias populaires. Elles sont en fait responsables des maux les plus indésirables dans une société capitaliste et, que ce soit au niveau du discours politique, économique, médiatique, et même institutionnel, elles sont victimes de nombreux préjugés augmentant leur honte, leur isolement, et leur chute sociale. Comme « l’opinion publique reflète le degré de conscientisation d’une société envers un problème donné » et que « cette opinion publique est sujette à la manipulation des médias [1]», la situation des mères monoparentales n’est pas un sujet à la mode, n’est pas une problématique préoccupante, de là le peu d’informations d’études et d’écrits sur le sujet. En fait, la situation de ces femmes représente certainement l’un des plus flagrants échecs du néo-libéralisme, ce qui amène les différents acteurs à leur en donner la responsabilité.

Malgré l'étendu du phénomème, rares cependant sont les ressources qui s’occupent uniquement de ce groupe. Parmi ces ressources exclusives, nous comptons l’organisme MAP (Mère avec pouvoir) dans l’arrondissement Ville-Marie et, encore un peu plus largement, la Fédération des parents monoparentaux et des familles reconstituées. En ce qui concerne MAP, un projet de vie doit animer la femme demande de l’aide pour qu’elles puissent avoir droit aux différents services qui s’inscrivent, encore une fois, dans une optique économique avec le développement des compétences, l’aide aux logements temporaires abordables et à l’accessibilité aux garderies à 7$ par jour. La Fédération, quant à elle, bien qu’elle soit une revendication de type identitaire, regroupe plusieurs nouvelles familles de type nucléaires sans axer ses activités sur les mères monoparentales. En fait, ce qui devient plus facile de constater de par la lecture maintenant faite de la situation actuelle, c’est qu’être mère célibataire n’est pas un problème en soi : c’est un mal de société auquel on tente de répondre par des comptoirs de service dévalorisants et méprisants. Ces mères pourtant courageuses, fortes, débrouillardes et fonceuses, prêtes à tout pour la survie de leur famille, sont très mal perçue que ce soit par les médias ou l’opinion publique, ce qui semble amener les différentes ressources à se mobiliser pour changer les conditions de déviance étiquettées par le néolibéralisme québécois. Ainsi, comme « le travail est source de statut social », pour sortir les mères célibataires de leur statut indésirable, pour empêcher qu’elles engendrent tous les maux qu’on leur attribut surtout quant à leur dépendance de l’aide social et des services sociaux et quant aux conséquences sur leurs enfants, la majorité des services qui leur seront offerts viseront leur réinsertion sans lutte ni vagues ni dénonciations.

QUELQUES STATISTIQUES

Il est évident que la monoparentalité n’est pas un fait nouveau de notre époque. Depuis toujours, et ce pour nombre de raisons qui, finalement, sont sensiblement les mêmes qu’aujourd’hui (décès, abandon, rejet de responsabilité, divorce, etc.) des parents de tous les milieux et de toutes les époques, majoritairement des femmes, ont du élever seuls un ou plusieurs enfants. Or, force est de le constater, les dernières décennies ont vu le nombre de familles monoparentales augmenter en même temps que la précarité des conditions de vie de ces familles. Au Québec, seulement entre 1991 et 2001, le pourcentage de familles monoparentales est passé de 21,7% à 26,5%.[2]

Également, bien avant de se retrouver à la tête d’une famille monoparentale, la femme a parfois abandonné ses études pour s’occuper des enfants à la maison, parfois délaissé sa carrière pour prendre soin de la maisonnée. Au sein des familles monoparentales, une très forte proportion de parents (34,5 %), des femmes principalement, n’ont pas de diplôme du secondaire.[3] Cette faible scolarisation s’ajoute aux difficultés à se trouver un emploi offrant un salaire décent.

L’incidence et la gravité de la pauvreté chez les familles monoparentales, surtout celles dirigées par une femme, sont encore aujourd’hui, au Québec, très préoccupantes. Au Québec, les familles biparentales comptant au moins un enfant mineur (0 à 17 ans) disposent d’un revenu moyen avant impôt de 70 007 $ en 2000, par rapport à 28 105 $ pour les mères seules.[1] En 2005, pour l’ensemble du Québec, 202 460 familles étaient considérées comme ayant un faible revenu. De ces familles, 93 670 étaient des familles monoparentales : c’est donc dire que les familles monoparentales forment près de la moitié des familles pauvres du Québec[4].

[4] Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine : Un portrait statistique des familles au Québec, Édition 2005, p.16, à partir des données de Statistique Canada
[3] Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine : Un portrait statistique des familles au Québec, Édition 2005, p.13, à partir des données de Statistique Canada
[2] Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine : Un portrait statistique des familles au Québec, 2005, tableau 3.1.4, p. 101, à partir des données de Statistique Canada
[1] MAYER, Robert et Henri DORVIL (2001). Introduction : « Problèmes sociaux. Éléments et dynamiques », dans DORVIL ET MAYER (dir) Problèmes sociaux. Tome II : Études de cas et intervention sociales, PUQ, page 6

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